Billet n144 Nelle Série lundi 15 mars 2010
Réjouissons-nous ! Ce premier tour indique un rétablissement du PS, et un progrès de la gauche toute entière. Et ma satisfaction personnelle s’accroît de constater que le PS a fait 46% des voix ce dimanche dans ma commune, contre un score de 15% pour l’UMP. J’en remercie les électeurs de Roye.
Réjouissons-nous car la signification principale du vote de ce dimanche est une claque infligée à M. Sarkozy, autant par les électeurs qui se sont déplacés que par ceux qui ont refusé de le faire.
Réjouissons-nous mais demeurons lucides. Que plus d’un électeur sur deux se soit abstenu montre que si le peuple français condamne la politique de la droite à fois ultra libérale sur le plan économique et de plus en plus attentatoire aux principes républicains sur le plan politique, il n’y a pas encore une adhésion suffisamment forte à la gauche et au PS pour susciter l’enthousiasme qui déplace la foule des électeurs.
Répétons-le ! Il ne suffit pas de condamner la politique sarkozienne évidement et éminemment condamnable. Il ne suffit pas d’affirmer des positions et des ambitions généreuses, encore faut-il dire comment la gauche peut y parvenir et les réaliser, quels sont les moyens qu’elle entend se donner, quelle alternative réelle et immédiatement visible elle entend opposer à la politique que tente d’imposer Sarkozy en France et à l’idéologie de la mondialisation débridée en Europe.
Nous le savons bien, mais les Français le savent aussi : notre pays, pas plus que l’Europe, ne pourront se développer, faire face au problème de l’emploi, proposer une alternative de développement durable, si l’on continue à admettre sans la moindre réserve, sans le moindre jugement, sans la moindre lucidité, la théorie du tout marché, du libre-échange sans règle qui sont en train de ruiner notre industrie.
Il n’y a vraiment que les Européens pour croire jusqu’au bout à la libre concurrence. Ceux qui croyaient encore au formidable modèle américain supposé prôner un marché pur, ouvert et transparent, auront sans doute découvert avec surprise la façon dont les Etats Unis ont éliminé la concurrence sur le marché des avions ravitailleurs au profit de la société américain Boeïng et au détriment de la société franco-européenne EADS. Peut-être finiront ils par comprendre que la concurrence n’est acceptée par certains que lorsqu’elle leur profite. Peut-être finiront-ils par comprendre qu’un pays, même les Etats Unis, ne peut pas accepter de se laisser dépouiller de son industrie au risque d’y perdre et sa richesse et son indépendance.
Il ne s’agit pas de prôner le repliement sur soi. Il s’agit de ne pas être aveugle et de ne pas jouer les victimes expiatoires de la religion du marché libre.
C’est le rôle, c’est la vocation des socialistes d’opposer au capitalisme triomphant une autre idéologie, une autre politique, une autre philosophie. Si le Parti Socialiste sait assumer ce rôle, non seulement il gagnera les élections locales, mais il transformera l’essai au niveau national.
Nous avons encore de beaux combats à mener, et à gagner, à commencer par le scrutin de dimanche prochain.
Jacques Fleury Maire de Roye