A la veille du sommet de Copenhague, ceux qui nient que le réchauffement de la planète soit la conséquence de l’activité humaine se font de plus en plus souvent entendre. Les enjeux sont tels, dans le monde capitaliste, qu’il ne saurait être question de changer le système de production, de renoncer à ce qui fait la richesse d’une infime minorité. Sans doute faut-il préparer l’échec de la conférence et surtout justifier le refus de prendre des dispositions sérieuses pour lutter contre les dangers climatiques. C’est pourquoi on assiste à la mobilisation des « sceptiques » !
Chez nous Claude Allègre est chargé de cette mission. « Arrêtez de faire peur » nous dit-il ! A-t-il raison ? A-t-il tort ? Il a déjà montré une grande autorité pour « dégraisser le mammouth » ou pour considérer que l’apprentissage des langues mortes est inutile. Scientifique réputé, il peut bien se moquer de ses nombreux collègues qui crient au danger du dérèglement climatique. Mais qu’il ait tort ou raison je ne le suivrai pas parce que je crois son message particulièrement dangereux.
A vrai dire, il m’importe peu que le changement climatique soit le résultat de la seule activité solaire, qu’il soit le résultat de la seule activité humaine ou qu’il soit le résultat de la combinaison des deux. Il y a réchauffement, indéniable. Le simple principe de précaution suffirait à justifier que l’on prenne des mesures qui visent à éviter que l’activité humaine puisse aggraver les phénomènes constatés.
J’ajoute que les propositions qui sont avancées seraient amplement justifiées même si le réchauffement climatique n’était pas le fait de notre mode de vie et de production. Economiser les énergies d’origine fossile, économiser l’eau, protéger les espaces naturels, refuser de façon générale le gaspillage dans un monde qui est limité, dont les ressources naturelles ne sont pas infinies, me semblerait être un retour nécessaire à une conduite sage que le capitalisme productiviste nous a fait oublier depuis plus de cent ans. Refuser qu’un produit fasse le tour de la terre, une voire plusieurs fois, avant que d’être finalement consommé pour finalement laisser un volume de déchets sans cesse croissant qui finira par être ingérable, serait non seulement un témoignage de sagesse économique, mais contribuerait aussi à préserver l’indépendance économique des territoires et la bonne répartition de l’emploi.
Mettre fin à une supposée « société de consommation » dans laquelle tous les individus sont invités, par des capitalistes avides de profits, à exiger toujours plus, à courir pour consommer toujours plus, où pourtant l’immense majorité de la population est condamnée à manquer de l’essentiel et où, même dans les pays développés, la pauvreté et la frustration s’accroissent chaque jour, doit devenir un impératif majeur de toute force progressiste. Cela ne veut pas dire que l’on renonce au progrès, que l’on renonce à produire pour éradiquer la misère, que l’on renonce même à produire le superflu quand l’essentiel est assuré. Cela veut dire que ce ne sont pas les intérêts privés qui doivent choisir les priorités en fonction du profit qu’ils peuvent en escompter. Cela veut dire que l’économie doit être au service de l’homme et pas au service d’une minorité.
Au cours de leur histoire les socialistes ont eu raison de dire qu’il fallait produire plus pour faire reculer la misère. Mais il ne faut pas produire pour produire, il ne faut pas produire n’importe quoi ! Assez de gaspillages ! Assez d’incohérences! Assez d’exploitation des « consommateurs » et des travailleurs par une société capitaliste qui bâtit sa richesse au mépris de l’humanité!
Jacques Fleury